Gammes et tonalité

D'un mode à un autre

Le passage du modal au tonal ne signifie pas que les modes de Pythagore aient purement et simplement disparu. Les gammes du système tonal sont dérivées de certains modes grecs. Il s'agit donc d'échelles heptatoniques comme le sont les modes grecs :

- Le mode pythagoricien de Do, aussi appelé mode ionien a servi de modèle pour le mode Majeur utilisé dans le système tonal. Il reprends la même répartition des tons et des demi-tons. Notre gamme majeure est donc l'équivalent du mode ionien.

On a pour le mode ionien et le mode Majeur la répartition des tons et demi-tons suivante :

                                         1 ton - 1 ton - ½ ton - 1 ton - 1 ton - 1 ton - ½ ton

 

- Le mode pythagoricien de La, aussi appelé mode éolien :

                                         1 ton - ½ ton - 1 ton - 1 ton - ½ ton - 1 ton - 1 ton

 

Pour parvenir à notre mode Mineur, qui est une dérivation de ce mode de La, nous avons modifié les deux derniers intervalles : on a préféré garder le demi-ton dans le dernier intervalle, et on a donc dû augmenter le précédent d'un demi-ton. Ainsi on se retrouve avec le mode mineur harmonique dont la répartition des tons et des demi-tons est la suivante :

                                         1 ton - ½ ton - 1 ton - 1 ton - ½ ton - 1,5 ton -  ½ ton

 

Il existe en vérité trois modes mineurs utilisés dans le système tonal mais nous n'avons vu que le plus répandu des trois, le mode mineur harmonique. Les deux autres sont des altérations du mode éolien. Les cinq autres modes pythagoriciens n'apparaissent pas quand à eux dans le système tonal, ce qui constitue une perte sur le plan mélodique.    

 

Une nouvelle vision de la musique

Le passage à la musique tonale ne se résume pas à l'utilisation de la gamme au tempérament égal ou à la suppression de 3 des modes grecs sur les 5 utilisés au Moyen-Âge. Le système tonal est en fait une nouvelle vision de la musique.

 

Tout d'abord d'un point de vue mélodique, le tonal est très différente du modal. La où dans le système modal toutes les notes ont la même valeur, il y a dans le système tonal une hiérarchie entre les notes. On a en effet sept notes formant ce que l'on appelle une tonalité : c'est à dire un enchainement de sept notes que l'on appelle alors degrés, organisés autour de la tonique (premier degrés noté I) qui donne son nom à celle-ci. On a donc dans l'ordre de la gamme diatonique :

 

I. La tonique

II. La sus-tonique

III. La mediande

IV. La sous-dominante

V. La dominante

VI. La sus-dominante

VII. La sensible

 

Le tonal est défini par l'alternance entre tension et détente. La sensible est un degré très important de la tonalité car il a tendance a créer une tension qui peut être résolue par la tonique. C'est pour cela que le mode mineur (décrit plus haut) a été modifié pour conserver cette attirance.

Les degrés de dominante, et sous dominante (avec bien entendu la tonique) sont considérés comme les degrés principaux de la tonalité :

  • la tonique est la base de la tonalité. Tous les degrés qui la composent sont définis par rapport à la tonique. C'est elle qui donne son nom à la tonalité.
  • la sous-dominante est situé une quarte au dessus de la tonique soit une quinte en dessous de celle-ci selon les lois du renversements. Il est donc l'opposé du degré de dominante qui se trouve une quinte au dessus de la tonique.
  • la dominante est le degré considéré comme le plus important de la tonalité. Placé une quinte au dessus de la tonique. Le jeu d'attraction et de répultion entre ces deux notes est considéré comme un élément essentiel de la tonalité.

Il est ici intéressant de remarquer que ces trois degrés forment un cycle de quinte. La présence des degrés de la tonalités sont d'une importance primordiale, puisqu'elles servent à construire les cadences, que nous définissons ci-dessous.

 

Comme dit précédemment, l'avènement du système tonal a permis la création de la musique orchestrale.

Tout l'intérêt d'un orchestre est de faire jouer en même temps différentes notes à différents instruments (n'ayant donc pas le même timbre et ne produisant pas la même hauteur de note), créant ainsi un morceau. Ces différentes notes, jouées donc à différentes hauteurs, vont créer des accords. C'est de ces accords que nous allons parler ci-dessous.

Avec l'apparition du tonal, la notion d'accord devient presque incontournable. Cependant, pour avoir un intérêt esthétique, les accords doivent être employés selon des règles bien précises. On peut considérer l'harmonie tonale comme le mode d'emploi des accords dans une oeuvre. L'harmonie tonale met en place un système de cadence : une cadence, dans sa version harmonique, est une progression d’un accord vers un autre. Il existe 5 cadences principales, nommées cadences parfaite, imparfaite, italienne, rompue et plagale, et qui définissent les effets que l'enchaînement des accords choisis vont rendre.

Grâce aux accords, on peut dire que l'harmonie est une conception verticale de la musique, On retrouve donc bien l'alliance de la mélodie, au départ modale, et de l'harmonie dans le système tonal ; on a donc un système assez complet qui n'a pas complètement renié son prédecesseur.

La quarte est l'intervalle entre deux notes séparées de quatre degrés. Par exemple Fa est la quarte de Do car on a : Do (I) Ré (II) Mi (III) Fa (IV).

 

La quinte est l'intervalle entre deux notes séparées de cinq degrés. Par exemple Sol est la quinte de Do car on a : Do (I) Ré (II) Mi (III) Fa (IV) Sol (V)

 

Les cadences : une cadence est une phrase musicale harmonique ou mélodique décrite comme la ponctuation musicale. Par exemple l'enchainement d'un accord de tonique (construit à partir de la tonique) et un accord de dominante (construit à partir de la dominante) donne l'impression d'un "point". Il s'agit d'une cadence conclusive. 

 

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